Emission de Radio Canut

Par défaut

Le 21 septembre dernier, avec deux amies, Claire et Lucie, nous avons réalisé une émission radio, sur Radio Canut, la radio libre de Lyon, et plus particulièrement dans l’émission Radio Lilith et les autres, au sujet du voyage à vélo au féminin.

En voici l’enregistrement. Bonne écoute

Emission du 21 septembre 2012 Radio Lilith
à bientôt

Retour a Lyon

Par défaut

Après presque un mois de repos sur les iles grecques, quelques semaines agréablement lentes et riches en rencontres, me voila rentrée, sans regret, contente d’être de retour, contente de ce que j’ai vu et fait, digérant sereinement cette experience de voyage, tout en reprenant ma petite vie.

Je ne vais pas vous narer en détails cette fin de voyage, puisqu’il n’est pas très interessant de raconter mes ploufs dans la mer, et mes journées de parfaite non-activité, lézardant sur les rochers de la côte, appréciant l’ennui comme jamais.

Brièvement tout de même :

Depuis le dernier article, j’ai surtout rencontré les grecs, et suis restée par exemple presque une semaine sur l’ile de Kefalonia, dans la maison d’Avgerinos. Avec ce type d’une quarantaine d’années, rencontré par couchsurfing, j’ai passé plusieurs jours à manger des glaces et à bavarder, dans son jardin tout en fleur, entre chaise à bascule et canapé. Puis j’ai traversé l’ile pour, a Fiskardo, prendre le bateau qui m’emmenerait à Lefkada, l’ile voisine. Je suis arrivée a Vasiliki, où comme souvent, j’ai mangé et passé la soirée avec de parfaits inconnus, rencontrés simplement en terrasse d’un café. J’ai ensuite traversée Lefkada, l’ile, m’arretant dessiner par-ci par-là, remontant jusqu’à Lefkada, ville, où j’ai rencontré Kostas, un autre couchsurfeur. Comme d’habitude l’accueil est incroyable, on m’emmène voir les plus beaux coins, et passer des soirées sur la plage jusqu’à trois heures du matin, avec une bande d’amis.  Comme d’habitude également, entre deux sujets plus légers, ça parle politique, Europe, et crise. Et on ne dit pas n’importe quoi, on rit peu.

Par la suite, j’ai rejoint la côte, m’arrêtant une nuit à Preveza, chez Ellias, un étudiant. Et on continue l’histoire : il y a ceux qui se sentent roulés, ceux qui de toute façon n’y avait jamais cru, ceux qui veulent mettre le feu, ceux qui se sentent impuissants.

Remontant la côté ouest vers le nord, je me marque un dernier arrêt à Loutsa, une immense plage, plutôt jolie, si on lui enlevait ses 500 transats et sa foule grouillante. Je rencontre alors Panos et sa petite troupe de copains. Tous sont venus vivre ici pour l’été, filer la main à leur ami qui possède l’un des 25 bars de la plage, en échange d’une place dans la petite maison.  De toute façon qu’est-ce que tu veux qu’on fasse, on a tous été obligés de retourner chez nos parents à 30 piges, alors dés qu’on peut on part, avec quels sous tu veux qu’on voyage ? Et puis y’a pas de travail, et même s’il y en avait, je vois pas pourquoi je bosserais, c’est pas avec la paye minable qu’on me propose que je me sentirais plus libre. Alors je viens vivre ici, au présent. Et demain ? on verra.

Demain ? Demain on se casse.

Alors avec ce petit monde j’ai partagé un bout de quotidien, et plutôt que de rester un soir je suis restée une semaine. J’ai laissé mon vélo pour un vespa, sur le dos duquel et bien souvent à trois, nous parcourions lentement et plusieurs fois par jour la petite route qui longeait le bord de mer, de la maison à la plage, de la plage au bar et du bar à la maison. On va à la pêche le matin pour le midi, flemmarde sur les rochers, joue du bouzouki, et on aide notre pote à faire son beurre.

« Et dis donc, t’as vu Machin, ça y est la banque lui a pris sa maison – A lui aussi?  – bha oui. – Et il lui restait combien ? – je sais pas, 3 ans, ça faisait 14 ans qu’il payait. »

« Tu vois, ici, il n’y a plus que le présent qui compte. »

« Et j’ai trouvé un boulot pour septembre, dans une usine à la chaine, à Amsterdam, je suis content, je m’en vais bientôt. »

Puis est venu le moment de rentrer, l’envie de revoir tout le monde. Comme si j’avais terminé ce que je voulais faire et que je pouvais rentrer sereine. Aller hop : il est 18 heures, je décide de faire 70km pour arriver à Igoumenitsa avant la nuit et prendre le bateau pour Venise le lendemain matin. Et sur mon vélo je suis fière, je n’ai plus peur de partir sur un coup de tête, de n’avoir rien programmé, d’arriver seule le soir dans une ville inconnue sans savoir où aller, de passer pour folle ou inconsciente. D’ailleurs à ce moment là, j’ai au contraire l’impression de ne jamais m’être sentie aussi consciente, consciente de mes capacités physiques, consciente que je ne suis jamais seule, consciente que je peux me débrouiller. Alors j’arrive dans cette ville portuaire juste à la nuit, je parle aux gens assis en terrasse, tape à la fenêtre de la boutique de billet, on me fait entrer, raconter d’où je viens avec mon vélo chargé, on me paie un coup à boire, m’accompagne en scooter pour me montrer l’hôtel le moins cher de la ville, un peu de négociation, et je suis tranquille. Les gens sont formidables.

J’ai pris le bateau pour un voyage de 26h, et me suis faite encore des amis d’un jour – Drole de rencontre – puis suis allée en train en Suisse-Italienne , à Fusio, dans le fond d’une vallée, pour rester une petite semaine, faire de la rando, voir les vaches et les chèvres, et payer 3 euros un paquet de riz, jusqu’à ce que mon Pôpa et ma Môman me rejoignent et que je rentre avec eux.

Le voyage se termine donc ainsi. J’ai retrouvé tout le monde à Lyon puis à Dole. Je raconte au compte-goutte les petites anecdotes, et surtout, je digère. Je fais le bilan de ce que j’ai appris et des doutes qu’ils me restent.

Je crois que j’ai énormément appris, physiquement bien évidemment, mais surtout dans le relationnel. J’ai appris à dire « je peux manger avec vous » à une personne seule, dans un restaurant. Et les gens sont contents.

J’ai appris que ma générosité était beaucoup trop timide comparée à tout ce que les autres sont capables de me donner, ou peut-être est-elle trop intéressée, je crois que j’aimerais apprendre à donner sans en attendre en retour ni même la reconnaissance.

Et je revois.

Les images qui me laissent encore perplexe. Ces autres rencontres, plutôt de loin, juste des regards, avec tous ces migrants à Patras et Igoumenitsa qui attendent vers les grillages du port, sans se cacher franchement, à toute heure du jour comme de la nuit, et qui occupent des maisons en ruines à 20m de là. De temps en temps certains courent vers un camion dans le port, ou reviennent rapidement, les militaires qui leur courent après. Et moi qui hallucine.

La découverte de la Grèce, ce fut aussi l’arrivée des néo-nazis au parlement, la peur de l’étranger grandissante, et surtout son accusation, le migrant, responsable des maux du pays, et les faits divers des journaux qui alimentent le tout. Nombreuses sont les rencontres et les discours qui m’ont fait froid dans le dos, et rendue plutôt pessimiste sur la tournure que prendront les choses. A la déprime générale s’ajoute un climat de tension, les gens se lachent, s’expriment, vont encore plus loin dans leurs idées, mais les discours sont franchement opposés. Jusqu’où? ou jusqu’à quand ?

D’autres choses encore me travaillent. Je revois le voyage seule, le voyage à quatre étant la seule fille, puis le voyage à deux, avec un compagnon, et me souviens comme je constatais, quotidiennement, à quel point ces trois formes étaient différentes. A quel point la considération des gens à mon égard était radicalement autre selon que j’étais seule ou avec une compagnie masculine. A quel point j’étais un jour admirable, courageuse, et sympathique, une sorte de superwoman, et l’autre jour considérée comme simple suiveuse, peu intéressante, à qui on ne s’adressait pas en premier. Je me souviens comme j’étais fatiguée de tout cela, et comme la fatigue me faisait préférer accepter plutôt que de m’épuiser à répondre.

« Mais, qui va bricoler ton vélo si tu as un problème toute seule ? »(France, Grèce)

« Et elle, comment fait-elle pour suivre? » sans s’adresser à moi, à côté.(Italie)

Et puis la scène où on m’apporte un jus de fruit et à l’autre un verre de racki.

« Peux-tu aller te coucher, j’aimerais être avec Andrea entre hommes »

« Comment t’es venu l’idée de voyage? » demandait-on systématiquement a Andrea, encore sans s’adresser à moi, pourtant à côté (Turquie, Grèce). « heu…comment dire… heu…en fait…heu … LE VOYAGE C’EST MOI OK? c’est MON idée, MA décision! Et ton fin sexisme, que tu crois absent, il m’agace, me fatigue, chaque jour un peu plus.

Mais même ça, ça m’a appris.

C’était génial, absolument génial, je le referais et le referai. Il semblerait simplement que ma phase digestive ne soit pas tout à fait terminée. Disons que je me sens à la fois apaisée et en colère. Alors j’ai envie de vous voir pour vous raconter, de dessiner, d’écrire pour partager.

Alors à bientôt ?

les dernières photos, et plus de dessins si vous remontez.

des bisous

D’Istanbul a Patras

Par défaut
D’Istanbul a Patras

Deux semaines je crois que je n’ai pas ecris. J’ai peur que tout raconter soit  laborieux. Mais je me lance.

ISTANBUL :

Si mes souvenirs sont bons, apres que Melanie et baptiste soient partis, ils nous a ete plutot difficile de trouver a nous loger dans cette ville immense. Les contacts ne repondaient pas, les couchsurfeurs restaient muets. Il fallut faire place a l’improvisation. Au pied de la tour galata, Andrea et moi retrouvons Pierre, Elie, Sylvain et les grenoblois. Nous sommes le soir du second tour, tous dans des situations de logement plutot incertaines. Nous decidons donc de nous rendre au consulat, pensant encore une fois y trouver des petits fours et pourquoi pas un toit. Chose dite chose faite. Et si malheureusement nous n’avons pu nous y remplir l’estomac, nous avons, au fil des conversations, trouver une personne pour nous heberger. Et demain, nous verrons bien.

La journee et la soiree suivantes furent elles aussi passees au pied de la tour galata. Et le soir nous avons trouve un concert de musique balkanique tres anime ou nous sommes restes jusqu’a peut etre 3h du matin avant d’aller dormir dans le premier parc que nous avons trouve. C’est vraiment surprenant a quel point je n’en suis plus genee. Et au petit matin, un vendeur ambulant de the et cafe est venu a nous.

Apres avoir dit au revoir progressivement a tout ce petit monde, nous avons pris un ferry pour traverser la mer marmara, direction mudanya., mais non sans peine, puisqu’il a fallu batailler avec le personnel pour qu’ils acceptent nos velos, mais ces bougres refusaient categoriquement, ce qui m’a mis dans tout mes etats, et j’ai pique une colere, avant d’accepter le fait que nous n’avions tout simplement rien compris, et qu’il nous fallait juste attendre le ferry suivant. Merde, je crois que je suis fatiguee.

L’OUEST DE LA TURQUIE le trajet

Arrives en fin de journee a Mudanya, nous avons fait une vingtaine de kilometres avant de nous arreter, par hasard, a Zeytinbagi. Nous retrouvons a nouveau la chaleur de l’accueil turc, non pas qu’on nous ait tout offert mais plutot qu’en tout simplicite on nous invita a mettre notre tente sur le bord de mer, a cote de la place du village, la ou tout le monde pouvait nous voir nous serions tranquiles. Nous sommes repartis le lendemain en direction de Karabacey. Sur le chemin, un petit village, Eskel, tombe a pique ; nous avons envie d’un bon cafe turc. On descend jusqu’a la place du marche et la, on se laisse happer par l’ambiance. Il est 11h du matin, la place, pleine d’etales de fruits, legumes, fruits secs,et d’herbes aromatiques, grouille. On nous regarde passer avec distance et curiosite. Au pied de la mosquee, sur une terrasse ombragee d’un tilleul immense et surplombant le marche on s’installe pour un cafe. Les 7 ou 8 tables voisines sont occupees par des groupes d’hommes, la plupart septagenaire, qui boivent un the, puis en recommandent un autre, sans compter. Le patron du bar vient nous demander d’ou nous sommes, et avec le lexique que nous nous sommes prepares, on reussit a raconter un peu. Alors il se retourne et raconte fort aux tables voisines, qui de toute facon etaient deja en train de suivre la conversation. Grande exclamation. Et les conversations continuent, les regards progressivement deviennent plus amicaux et detendus. L’apres-midi durant, on vient s’assoir a cote de nous a tour de role. On ne compte plus les verres de the qu’on nous offre. Nos mains tremblent comme si on avait bu 10 cafes tant le the est fort. On nous invite a passer a cote, ou le patron d’un boui-boui (une petite piece, un frigo, un rechaud a gaz, quelques poeles, et une seule table, sorte de restaurant epure, un boui-boui) nous cuisine de quoi manger, nous laissant, ou plutot nous forcant a pointer du doigt tout ce que nous voulions manger, et meme plus. Un peu plus tard, je m’isole un peu pour dessiner la tres belle mosquee du village. Par dessus mon epaule cinq enfants sont plantes la a regarder, et sourient, genes, lorsque je me retourne. Un homme s’approche et me fait comprendre que ca lui plait. Il se met ensuite a appeler tous les gens de la place du marche, et chacun vint donner son commentaire. La plupart sont meme emus. Les vieux nous racontent ensuite, tout en nous offrant encore quelques thes, que ce sont les villageois eux meme qui ont construit la mosquee, il y a 20 ou 30 ans, et qu’ils y tiennent donc enormement, et que c’est probablement pour ca que mon dessin leur plait tant. Puis l’un des hommes m’invite a entrer dans la mosquee, laissant les autres un peu stupefaits. Certains semblent meme se figes, franchement genes, mais ne disent rien. Je prends alors mon foulard, le porte sur mes cheveux et observe leurs visages se detendre. Non pas qu’ils auraient refuse mais ainsi ils semblent plus sereins et il me font maintenant de grands sourires et me montrent la porte de la mosquee avec de grands gestes. Sur le seuil, nous laissons nos chaussures et entrons. C’est obsolument incroyable. La salle est immense et lumineuse. Du sol au plafond sont minutieusement peints de fins motifs, melant bleu jaune et vert, et donnant a ce lieu de priere un ton incroyablement joyeux et vivant. Des tapis tout aussi finement tisses couvrent le sol dans sa totalite, et au mileu du tout, un luste d’environ 2 metres de hauteur se meut discretement sous le jeu des courants d’air. On pourrait croire a une sorte de salle de meditation, l’ambiance silencieuse invite au recueillement.

Nous en sortons bouche bee. Puis, pour le reste de la soiree nous etions invites. Nous avons dormis dans le salon d’un grand-pere qui s’etait pris d’amitie pour nous. Le lendemain fut presque complique car nous etions invites a plusieurs endroits pour prendre le dejeuner et, ne comprenant pas tout, nous nous sommes laisses guides. J’eu l’impression que certains se vexerent. Alors, sur la table ou nous dejeunions, les gens sont venus poser a manger, chaque fois plus que le precedent, et de maniere completement demesuree. Nous sommes repartis les sacoches pleines de pain, tilleul, oeufs, fromage, olives, tomate et autre, le tout produit par le village. D’ailleurs ici, un peu comme en albanie et bosnie, les maisons et villages semblent tres proches de l’autonomie en ce qui concerne l’alimentaire. Celui qui nous a heberger produisait son miel, son savon, son huile, son pain, ses legumes… et son voisin le lait, le fromage, les oeufs, et fruits sans doute. De quoi faire rever plus d’un beatnik francais.

Deux jours plus tard, entre velo et bus nous sommes arrives a Soma, ou un homme d’une quarantaine d’annees, tout juste rencontre, nous hebergea. Nous sommes entree dans la vie de sa famille, Avec sa jeune fille, agee de 16 ans et ses amis-cousins, nous sommes allees nous promener le soir en ville, encore une fois on nous a tout offert. Nous avons longuement parle. A la maison nous avons assiste a certaines scenes de vie tout autant interessantes que derangeantes, notamment concernant la jeune fille, son rapport aux garcons et au mariage. La mere ne semble pas contente. Tout ces interdits ; elle repondait sagement mais gardait toujours ce sourire en coin, et nous lancait quelques regards rieurs.

La panse pleine , comme chaque matin, chaque midi et chaque soir depuis notre entree en turquie, et de bonne heure, nous repartons. Direction Bergama. Le chemin est tres joli. Je ne sais pas pourquoi j’avais en tete l’idee que la turquie etait seche et jaunie par le soleil. Depuis mudanya pourtant, tout est vert et montagneux, de ces montagnes basses et rondes couvertes d’oliviers. Bergama, surperbe village, tres ancien. Deux minutes que nous y avons le pied a terre, avant meme d’avoir les deux pieds d’un meme cote du velo, un homme nous aborde, nous invite a boire le the, nous presente son oncle, qui lui nous invite a dormir chez lui. Encore cette fois, nous n’avons rien demande, ni meme notre chemin, nous etions juste la. A ce sujet je trouve la phrase de sylvain si juste, en turquie, ca ne sert a rien de demander, il suffit d’attendre. Sans demander donc, on nous emmene dans un super restaurant pas cher et bon, sans demander toujours, on nous indique par ou passer pour entrer gratuitement dans l’acropole. Nous avons pris note et le lendemain matin sommes montes a pied au sommet de cette montagne, par les chemins de ronces et de pierres, et a travers les grillages, jusqu’au dit lieu. L’acropole est immense, et sur les marches d’un ancien theatre grec, grand de 10000 places, offrant une vue sur la ville, la vallee et ses collines autour, je me suis assise pour dessiner un peu. C’etait tres impressionnant.

Nous decidons ensuite d’aller sur l’ile gercque de Lesvos. De bergama nous rejoignons la cote en velo a la recherche d’un ferry, les sources internet n’etant pas fiables du tout. Nous arrivons a Dikili : pas de ferry avant trois jours, a Ayvalik, pas avant deux jours. Bon, tres bien, alors nous irons a Izmir.  Et le soir meme, sur un coup de tete, toujours entre velo et bus, nous arrivons a Izmir. Izmir, 4 millions d’habitants, il est 23h, la station de bus est bondee, nous n’avons aucun contact ni information sur la ville ou les lieux pour dormir. Nous attendons 10minutes pour nous reposer et reflechir un peu a la situation. Un premier homme, Riduan, vint a nous, suivi de quelques autres. On nous indique des hotels pas tres chers, des parcs pour mettre la tente, un jeune nous propose de l’argent pour nous payer un hotel, puis Riduan nous invite a dormir chez lui, il travaille ici a la gare et habite quelques centaines de metre plus loin. On ne sait plus si la situation nous etonne encore. Et ce fut un grand plaisir, sans doute une des meilleures soirees passees en Turquie et une des familles les plus incroyables, anti traditionnaliste, joyeuse, les trois filles, dont les prenoms, de la plus grande a la plus petite se traduisent respectivement pas Goutte, Pluie et Soleil, sont incroyablement pleine de vie, et jusqu’a 4h du matin, autour d’un festin, de verres de biere et de raki nous avons passes la soiree a chanter et jouer de la guitare, nous racontant nos pays et nos cultures, le bon comme le mauvais.

Bref, c’est un peu tristes je crois que nous sommes repartis le lendemain. Andrea laissa sa guitare a Soleil pour les remercier de leur sympathie. Nous, nous devions rejoindre la grece rapidement pour qu’Andrea puisse repartir pour l’italie. Nous avons rejoint d’abord Cesme, sur la cote turque, pour y prendre le ferry direction l’ile de Chios.

RETOUR EN GRECE

Nous sommes arrivees sur l’ile tard le soir, nous ne choisissons pas les horaires des liaisons. Alors, dans la nuit, il nous fallut chercher un endroit pour mettre la tente. Pas simple. Pas de camping et le camping sauvage est totalement illegal et soumis a la repression en grece. Il fallait qu’on se cache pour eviter l’amende. Et puis l’hotel sur ces iles touristiques, j’ai pas les moyens. Deux heures qu’on tourne en rond, quand, vers 23h, un homme s’arrete en voiture. Et la scene fut a peu pres ainsi : il ouvre sa fenetre « On cherche un endroit ou mettre notre tente » « ok suivez moi » – apres 2 km il s’arrete. « ici c’est l’hotel ou je travaille » il nous ouvre une chambre et nous dit  » je ne suis que ce que je suis, alors demain vous degagez a 6h30,car mon patron arrive a 7h, ok? Adieu  »

Apres avoir finit notre nuit sur la plage un peu plus bas, nous avons visite l’ile le lendemain, a velo. Mais elle etait un peu trop grande pour avoir le courage d’en faire le tour. Et puis elle n’etait pas si geniale cette ile, trop de cailloux, pas tres verte, et puis tres riche, tres touristique, beaucoup d’anglais et de maison entourees de murs de 2m50 de haut avec un portail de 3m, pour etre bien sur que personne – dans notre genre – vienne importuner son proprietaire pour demander, par exemple, s’il est possible de mettre la tente dans le jardin. Ah ca non. Allez, on s’en va, c’est nul ici.

Alors vers 22h on prend le ferry direction Athene.

ATHENE, AH ATHENE …

Apres quelques heures sur internet, quelques coups de telephone, on trouve un type, Christos, qui pouvait nous heberger 3 jours. Super. Il est etudiant, joue du bouzouki et nous montre les lieux chouettes de la ville. Ensemble on se promene et il nous presente surtout Exarchia, le quartier etudiant et alternatif de la ville.

Ce quartier vit, les murs y parlent. Chacun d’eux est peint de part en part, de dessins clairement revendicatifs aux textes explicatifs et politiques, en passant par les affiches, collees, sans jour, les unes a cote des autres, puis les unes sur les autres. On ne sait ou regarder. Et puis des maisons occupees un peu partout. Certains font office de bars et salles de concert, d’autres sont des lieux de vie. Au milieu du quartier, le parc, propriete de tous et de personne, un parc occupe depuis 7 ans, des bancs dans le sens que l’on veut, et un endroit pour se retrouver librement. Plus loin, Scoros, une sorte de magasin gratuit ou chacun peut donner des habits, evidement propres, et en prendre d’autres, l’idee etant de prendre seulement ce dont on a besoin, et de laisser quelques centimes si l’on peut, pour aider a payer l’electricite. La, on prend le cafe devant la boutique avec Maria, qui s’occupe du lieu. Il y en a plusieurs comme ca dans le quartier, et il y a de bon qu’avec cette facade, cette vitrine classique, le magasin est visite par tout le monde. Elle nous explique aussi que plus loin, une autre maison occupee, Autonoma, offre le mardi soir un repas gratuit, et puis jeudi s’en est une autre, et vendredi aussi. Quelques rues plus loin, la faculte, peut-etre les murs les plus graphes de la ville, a l’interieur tout est affiches et ecriture. La faculte semble apartenir aux etudiants.

Ayant, les jours suivant, trouve d’urgence une autre personne pour nous heberger un soir, nous avons visite le quartier de l’acropole, tres joli, rien a voir avec le precedent. Tout est restaurant, de bonne cuisine et accessible. les rues sont pietonnes et l’ambiance y est tres calme. Lanuit, l’acropole eclairee offre une vue agreable.

Le lendemain on doit encore changer de maison, nos hotes ne peuvent jamais nous heberger plus d’une nuit, on passe donc plus de temps a chercher sur internet qu’a visiter la ville. Et puis il pleuvine. Nous sommes un peu fatigues avec ces histoires de logements, et les hotels ici, impossible. Et les squats ? ils n’aiment pas les touristes. Et Andrea ? Il doit bientot prendre le bateau a Patra. Et toi ? Moi j’ai pas envie de rester toute seule a athene si c’est pour galerer. Aller vient Andrea, on s’en va.

LA COTE

Alors on prend le bus pour sortir de la ville (sachant bien que prendre le bus avec le velo signifie toujours negociation de taille au prealable) puisque le train n’est pas tres a la mode en Grece, juste un ou deux par jour,  dans une ou deux directions. On s’arrete entre Athene et Patras. En cherchant un endroit pour dormir sur la plage, un couple, un peu inquiet de nous voir dans ces lieux « insecure » nous propose de dormir dans la caravane de leur jardin. les gens sont si incroyables !

Le lendemain on rejoint Patras. La cote est magnifique. La, je retrouve un couchsurfeur Dimitris, chez qui je vais passer quelques jours, le temps de me reposer et preparer le reste de mon periple, pendant qu’andrea lui, prendra le bateau direction Venise pour retrouver ses montagnes et ses biques. Patras est plutot joli, un grand chateau, des rues pietonnes. Ici, comme sur toute la cote d’ailleurs, les filles ont des talons incroyables, une semelle compensee et le pied sur la pointe, de sorte que le gain total de taille doit etre de l’ordre de 15cm, ou peut etre meme plus, que sais-je. Les garcons, eux, laissent deviner leurs muscles en degraphant le haut de leurs chemises et portent des lunettes de soleil criardes. Ensembles, ils roulent comme des cingles sur des scooters, sans casque. Dans la decapotable de son voisin, mon hote m’emmene voir la ville. Il se moque de moi et me dit que j’ai decidement vraiment l’air d’une etrangere. Je lui demande pourquoi. Il me repond que j’ai mis ma ceinture de securite. On rit. On va boire un verre de Ouzo, l’alcool typique de Grece, dans un bar. On discute, de tout de rien, d’anecdote de voyage, le type est sympa. C’est vraiment drole.

L’esprit repose, je decide d’aller passer du bon temps sur les iles grecques. Je me renseigne un peu, trouve des couchsurfeurs et les horaires des ferry. Et c’est parti.

LES ILES GRECQUES

La premiere, sur laquelle je suis actuellement, s’appelle Kefallonia. Un vrai bijou. Jamais rien vu de pareil. Des montagnes verdoyantes montant a 1200m, des plages de sable fin et parfaitement blanc (jamais vu ca) entourees de rochers, egalement blancs, et bordees d’une eau azure, ou pire encore. Il me semble que deja j’avais decrit la croatie comme ca, mais alors pourtant je vous assure, c’est encore plus incroyable. De Sami, port ou je suis arrivee, je suis allee a l’autre bout, a Lixouri. Je ne savais pas trop ou m’arreter, j’avais envie de m’arreter tous les 100 m pour regarder.

A la faculte de lixouri, j’ai retrouve George, mon hote. Encore une faculte reappriopriee. Un cafe autogere, une salle de repetition autogeree. Comme dans toutes les facultes grecques, la cantine est gratuite, et on m’a dit que j’y etais la bienvenue, ici pas besoin de carte, on n’est pas a une personne pres. Bref, je suis plutot bien accueillie. Demain je reprends la route, je vais rencontrer quelqu’un dans le sud de l’ile, puis me rendrai a Lefkada, l’ile d’a cote. Je suis bien, je vais tranquilement, avec le couchsurfing je rencontre des gens. Et puis l’ile est paisible. La tranquilite que je cherchais.

Ciao

Sur le seuil de l’Asıe

Par défaut

Depuıs Istanbul

GRECE, DE THESSALONIQUE A LA FRONTIERE

Le 26, apres avoır jusqu’au bout profıté de la terrasse de l’appartement, apres avoır retrouvé Elıe,et apres avoır fouıllé l’une des zones de gratuıté d’un des nombreux squats de thessalonıque, esperant y trouver short ou chapeau pour nous réadapter au clımat estıval retrouvé, bref, tard dans l’apres-mıdı, nous sommes repartıs, andrea et moı en dırectıon de la turquıe. Nous avons faıt une trentaıne de kılometres, goutant au premıer vent de face, et tentant de prendre avec phılosophıe les problemes technıques successıfs quı s’abattaıent sur andrea depuıs 2 jours (ses deux roues ont été plus que voılées par quelqu’un,  a prıorı, de tres en colere, puıs 3 crevaısons de causes ınconnues ).  Arrıvés au lac Koroneıas, apres avoır reparer une Nieme crevaıson donc, nous avons demandé au patron d’un restaurant s’ıl savaıt ou l’on pouvaıt mettre la tente tranquılement. « Et bıen chez nous bıen sur » (en grec anglaıs). Il nous montra l’emplacement puıs nous régala toute la soırée, d’abord en nous faısant gouter aux petıts plats de son restaurant – cuısıne grecque, fraıche et delıcıeuse – puıs en debouchant et décapsullant je ne saıs combıen de bouteılles jusqu’a 2h du matın. Ce ne fut bıen evıdemment pas sans conséquence sur l’état dans lequel nous avons reprıs la route le lendemaın,et ce, malgré les cafés corsés que nous offra encore notre chaleureux hote. 

Peu fraıs donc maıs heureux et motıvés, nous avons retrouvé la cote, passant par Asprovalta puıs Karıanı. Une centaıne de kılometres malgré le vent de face.  Nous commençons a être fatıgués. Un panneau ındıque « Loutra Eleftheron ». Sur la carte, pas de vıllage avant peut-etre 20km. Nous suıvons donc l’ındıcatıon, s’enfonçant dans une petıte gorge verdoyante, esperant y trouver de quoı manger. Au bout d’un kılometre nous tombons sur un petıt vıllage, parfaıtement vıde et ayant l’aır abandonné. Nous explorons tout le lıeu. Une dızaıne de batıments entre lesquels coule une rıvıere. Sur les terrasses l’herbe pousse. Quelques portes sont ouvertes. Tout excıtés, on entre. Ce sont des chambres, et certaınes dans un etat tres correct, presque luxueuse pour les campeurs que nous sommes. Nous sommes contents, nous dormırons sur des matelas ce soır. On contınue a vısıter chaque recoın. Depuıs le petıt pont on aperçoit une source, débouchant en cascade dans un baın de quelques metres carrés que forme la roche. L’aır est dense et brumeux. Et cette odeur de souffre! On s’approche, touche l’eau quı jaıllıe : chaude, l’eau est chaude. Jack pot! Nous sommes, seuls, dans une statıon thermale. Seuls, avec acces aux baıns ıllımıté et chambre de pleın pıed.

L’eclat de rıre, l’euphorıe voıre meme l’hystérıe. Je ne sauraıs dıre combıen d’heures nous avons barbotté dans le baın, combıen ıl a été bon de laısser la cascade brulante masser nos dos et nos jambes abımés par l’effort. Je ne sauraıs dıre combıen je me suıs sentıe heureuse sur mon matelas a l’abrı quand éclata l’orage, combıen ıl a été agréable de gazouıller dans l’eau thermale au petıt jour.

Nous voıla moralement et physıquement en forme pour repartır.

Malheureusement, les jours suıvant furent un peu moıns apprécıables. Le vent de face vıolent que nous supportons depuıs 2 jours devıent la cause de tous nos moments de blues, cause de tous nos jurons, de toutes nos envıes d’arreter. Je comprends que la neıge, la pluıe ou le froıd n’étaıent rıen, vraıment rıen. Ce foutu vent est défınıtıvement ce que je détesteraı le plus. L’ımpressıon de lutter pour ne pas avancer, la fatıgue, le sıfflement dans les oreılles. Je croıs qu’ıl épuısa surtout mon moral, la fatıgue étaıt psychologıque, me donnant l’ımpressıon que je n’y arrıveraı jamaıs. Maudıt soıt-ıl.

En pestant donc, nous sommes tout de même arrıvés a Kavala. Tres belle vılle de bord de mer. Nous dormons dans un campıng fermé-ouvert pres de la plage. Chaque nuıt est un réconfort et chaque départ matınal se faıt sur une note posıtıve. Maıs cela devıent malgré tout de plus en plus dur. 50km nous paraıssent etre une étape monstrueuse. Pourtant je m’étaıs mıse en tête d’avancer pour retrouver ma soeur a Istanbul le 2. Alors on cherche des solutıons. A Xanthı, le chef de gare nous refuse l’acces au traın avec les vélos (quel crétın !) On trouve fınalement un bus un peu plus loın pour nous rendre a Alexandropolıs ou nous savıons que nous pourrıons dormır une nuıt dans un hotel chaleureux et nous reposer.

TURQUIE

De la, nous repartons vers la frontıere turque. Le vent de face, toujours ce vent de face. Qu’ıl aılle au dıable,  nous avancerons lentement maıs longtemps. Et,  a la tombée de la nuıt, nous l’avons franchıe. Tous ces mılıtaıres aux vısages juvénıls, les deux maıns sur la mıtraıllette, nous font un peu froıd dans le dos. Maıs ıls nous sourıent. 4km plus loın, un peu épuısés, nous arrıvons de nuıt dans un vıllage. Quelques chıens errant nous accueıllent a leur manıere. Comme de coutume depuıs que nous avons comprıs comment nous devıons nous y prendre avec ces betes, on hurle sauvagement, les chıens s’arretent, surprıs. Puıs on s’accroupı et les appelle. Quelques uns s’approchent alors craıntıvement se faıre carresser le museau. Un homme nous voıt passer, sort de sa maıson, nous demande ce qu’on veut. Puıs ıl demande a un voısın quı passe de nous mener en mobılette la ou nous pourrıons mettre la tente et être tranquıles : et ce fut en pleın mılıeu du vıllage, sous la mosqué, a coté du bar ou une quınzaıne d’hommes buvaıt le quınzıeme thé de la journée. Ah ces turcs sont ıncroyables. C’étaıt comme sı nous étıons sous la protectıon du vıllage. Puıs ıls nous ınvıterent a prendre le thé. un, deux et puıs troıs, nous offrant gateau sur gateau. Tout le vıllage défıle pour nous saluer, enfın tous les hommes, puısque bızarrement ce sont les seuls que nous avons croısés a cette heure tardıve. Le lendemaın nous nous réveıllons entourés de vaches. La petıte troupe matınale de femmes quı promene le troupeau rıt aux eclats quand elle me voıt sortır de la tente sans gestes brusque. Puıs l’une d’elle nous ınvıte a dejeuner, tres copıeusement, et nous offfre un panıer avec de quoı manger pour la journée. Quel ıncroyable vıllage.

Nous rejoıgnons ensuıte Kerçan. Les routes sont ımmenses, larges de 4voıes,  a la foıs rectılıgnes et en montagne russe. Le paysage est monotone, des grandes plaınes de cultures vaguement vallonnées. Et le vent de face quı nous ralentıt faıt durer l’ennui.  Comme une rıvıere que vıennent grossır ses affluents, le traffıc se densıfıe a mesure que l’on approche Istanbul. Et a Malkara, tant pour échapper au vent ınfernal qu’a la folıe des conducteurs, tant pour retrouver a temps ma soeur que pour changer de décors, sur un coup de tete nous montons a 21h30 dans un bus, saturant la soute.

A 1h du matın, apres avoır traversé des kılometre de zone perı-ultra-urbaıne, apres etre arrıvés de manıere ımprevue dans une gare routıere démesurée a 16km du centre vılle, jetés nos chers vélos dans le coffre mınuscule d’un taxı excıté, j’aı enfın retrouvé Mélanıe, ma soeur, dans le centre hıstorıque, quartıer Emınonu.  Les rues sont vıdes, la vılle semble presque calme. Nous allons nous coucher dans le camıon avec lequel ıl voyage, garé en bord de mer. « Demaın, tu verras, la vılle en éveıl, ça n’a rıen a voır ! »,

ISTANBUL

Istanbul, vılle de folıe. 20 mıllıons d’habıtants. 10 mıllıons en Europe, 10 mıllıons en Asıe, séparés par le bosphore, bande de mer entre la mer noıre et la mer de marmara. Le passage d’un contınent a l’autre se faıt soıt par l’unıque et ımmense pont-autoroute ınterdıt a tout autre chose que voıture et camıon, soıt par des bateaux que les gens utılısent comme on utılıseraıt le bus. Il faut entre 20 mınutes et une demı-heure pour passer de la partıe européenne a la partıe Asıatıque. Et cette dısjonctıon géographıque est aussı scıssıon culturelle et socıale. L’ıstanbul asıatıque est paradoxalement tres semblable aux vılles que l’on trouve en europe, en bıen plus grand évıdemment. L’un de ces habıtant l’a décrıte comme étant « plus éduquée », ce que je traduıraıs par plus rıches ou plus bourgeoıs. Les femmes y portent peu le voıle, et ressenblent plutot a Madame Fıgaro. Les vıtrınes sont rıches et les buıldıng poussent de toute part. Sur l’autre berge, l’Istanbul européen est plutot populaıre, vılle aux sept collınes, sorte de centre hıstorıque gıgantesque, que de rues pavées, toutes en descente ou montée, des mosquées par dızaıne, le grand bazar – labyrınthe de ruelles commerçantes couvertes, magasıns mınuscules débordant jusqu’au plafond, des tapıs au lampes, en passant par les sacs a maın, les cuırs. tres tourıstıque et oppressant tant ıl y a de couleurs, pas un carré sans objet a vendre – et les quartıers a theme ; pensez que pour aller rejoındre vos amıs au quartıer Galata, ıl vous faudra passer par le quartıer des perles puıs celuı des tıssus, ensuıte ıl faudra tourner dans le quartıer des culottes pour rejoındre le quartıer des basquettes maıs attentıon pas celuı des tongues pour enfın traverser la rue des loukoums et arrıver dans le quartıer du cuır ou, au nıveau du magasın de boucle de ceınture vous tournerez a droıte pour monter la collıne par la rue des composants éléctronıques.

Bref, c’est une vılle de folıe dont on a jamaıs faıt le tour. Maıs surtout c’est une vılle grouıllante. Il ne s’agıt pas de penser a autre chose quand on traverse la rue. Tout est a la foıs dense et mouvant, aussı fascınant qu’épuısant. Depuıs 5jours que je suıs la, je n’arrete pas. Nous avons retrouvé Pıerre Sylvaın et Elıe puıs les grenobloıs. Ensemble on se retrouve souvent a la tour Galata, au pıed de laquelle on joue de la musıque et rencontre des gens. Des voyageurs a vélo notamment, voyageurs quı sont tombés amoureux de la vılle et n’arrıvent pas a en repartır ou gens de passage en voyage depuıs 10 ans. Et puıs avec Melanıe et Baptıste on s’est extraıt une journée sur l’une des quatre îles au large de la vılle, l’île de la prıncesse, un apres-mıdı a ne rıen faıre dans une foret en bord de mer, ça tranquılıse l’esprıt et repose les yeux.

Hıer, j’aı a nouveau dıt au revoır a ma soeur, je ne la reverraı pas avant un bon moment. C’est perturbant. Et puıs nous voıla a la rue. La somme d’argent récoltée en jouant de la musıque avec les copaıns est plutot mınable maıs le moment agréable. Alors, en ce dımanche soır d’électıon, on se rend au consulat françaıs, esperant y trouver, outre les résultats, des petıts fours et du bon vın, en vaın. Nous avons tout même rencontrer un homme fort sympathıque quı nous proposa de dormır chez luı. Avec plaısır, cela nous évıtera de faıre 6 km a mınuıt pour aller mettre la tente dans un parc excentré. Mercı Etıenne.

Maıs tout de même, c’est très étrange d’etre arrıvée jusqu’ıcı.

Arrıvée au bout de quelque chose, je sens comme une odeur de fın, et alors meme que la vılle est ıncroyable et tres excıtante, alors meme que j’aı reussı a atteındre la porte de l’europe, la joie qui m’anime a un gout de tristesse. Comme trop prématurément nostalgıque.

Je suis la ou devait se termıner mon periple, maıs j’aı comme l’ımpressıon qu’ıl reste non accompli ?

Voila presque troıs moıs que je suıs partıe. Troıs moıs que je ne me suıs pas arretée plus de 4 jours dans une vılle. Troıs moıs que je ne suıs pas restee plus de 24h avec l’une de ces famılles quı nous ont hebergés avec tant de générosıté. Troıs moıs que la plupart de mes rencontres humaınes ne durent plus de quelques heures. Troıs moıs que je fıle, tout en avançant lentement. Trois mois de contradiction. Et me voıla partagée entre l’ımpressıon de réussıte et l’ımpressıon d’échec. Peut-etre suıs-je passée a coté de ces gens, a coté de trop de choses ? Peut-etre, ou meme sans doute, la vraie lenteur est tout sımplement l’arret.

Je suıs la ou devaıt se termıner mon pérıple, trop tot. Le carnet de croquis que je m’en allaıs remplır est presque vide. J’aı atteınt Istanbul, trop vıte. Et dans cette vılle que je m’étaıs faıte cıble,  j’aı l’esprıt brumeux.

Bıen.

Dans cette vılle donc, je m’arrete et je prends le temps de réfléchır. Et s’il me faut prendre le chemın du retour, et bien je le prendrai autrement. Peut-être en restant quelque temps quelque part. J’aı dégoter quelques contacts pour ızmır ou athenes. Bref, j’aımeraıs profıter du trajet d’est en ouest pour faıre ce que je ne me suıs pas laısser le temps de faıre. et nous verrons bıen.

des bıses a vous.

De l’Albanie a Thessalonique

Par défaut

ALBANIE

La nuit passee a Lezhe fut une belle illustration de la capacite d’improvisation que nous developpons, puisque cette premiere etait deja tombee quand nous nous sommes decides a quitter la ville, et atteindre la plage 8km plus loin, l’experience nous ayant enseigne qu’on y trouvait facilement un coin calme pour dormir. L’endroit n’est fait que d’immeubles a la fois vides et en grand nombre, destines a accueillir les touristes estivaux. Le tout est surveille par deux gardiens, ma foi fort sympatiques, qui d’eux-meme nous proposent de planter les tentes sur le sable, en repetant ce « no problem » qui, bien que devenu habituel, nous est toujours aussi agreable. Cette nuit improvisee s’annoncait finalement parfaite. Et elle aurait pu l’etre, si le barman d’a cote n’etait pas parti se coucher en laissant tourner en boucle et a plein volume « je t’aime » de Lara Fabian, si le vent n’avait pas deplante les tentes, s’il n’avait pas fallu tout demonter a 3h du matin pour aller se recoucher sur une terrasse en travaux quelques dizaines de metres plus loin, si nous n’avions pas ete reveilles le matin par les travailleurs, oeuvrant sur la dite terrasse.

Le lendemain, un peu fatigues par cette nuit agitee, nous sommes rentres dans les terres albanaises. De lezhe, direction Milot, Ulez et enfin Baz. Je commencais alors a etre franchement malade. Arrives dans le village,on demande au groupe de jeunes, improbablement postes sur le bord de route, si quelqu’un parle anglais ou italien. Ils nous repondent que non, mais l’un d’eux sort son portable et appelle. Puis, apres quelques minutes durant lesquelles nous ne comprenons pas ce qui se passe, il tend a Andrea le telephone. A l’autre bout, Don Franco parle italien et nous propose de venir nous chercher et  nous heberger chez lui, sans meme qu’on le demande.

L’homme, pretre du village et des alentours, originaire du nord de l’Italie, habite une maisonette pres de l’eglise, perchee deux kilometre au dessus de Baz, et n’ayant pour seul acces qu’un chemin de boue escarpe. Dernier effort, avant le reconfort d’une chaude demeure et d’un repas genereusement offert. Ce soir-la, nous apprenons  les quelques mots de vocabulaire albanais qui nous permettraient de nous debrouiller les prochains jours.

Apres un petit dejeuner franchement copieux, nous repartons sous le crachin,  Cela fait maintenant 3 jours que nous roulons sous la pluie.  Et moi qui suis de plus en plus malade, me voila qui me mets a tousser.

5km a peine et, au dessus de la premiere montee de la journee, une petite fille et sa grand-mere nous attendent sur le bord de la route. La premiere nous avait apercu au loin et avait appele la seconde. Il est 9h30 du matin, nous venons de commencer la journee, mais, par des gestes, elles nous invitent a rester dormir. C’est surprenant. Elles ont l’air contentes. Nous entrons prendre un cafe. Dans cette maison, esseulee au sommet d’une coline, vivent trois generations, les deux grand-parents, Leur fils et belle-fille, et Nisa et Ambra, leurs deux petites filles.

Nous voila donc 10 dans la toute petite piece a vivre : sur les banquettes qui entourent de pres le poele central, nous nous installons. On m’invite a prendre la place la plus proche du foyer parce que mes habits sont mouilles et je ne dois pas avoir l’air tres en forme. Il fait chaud. La grand-mere sort cinq ou six photos d’une enveloppe, et nous comprenons alors que nous ne sommes pas les premiers voyageurs a velo a etre passes ici. Et puis, nous discutons. Personne ne parle anglais, ni allemand, ni italien. Quant a notre vocabulaire albanais, il est des plus sommaire. « Falemenderit » pour dire merci, « Mire »pour dire Bien ou bon, « Pak » pour dire un peu, « Shum » pour dire beaucoup, « Bokur »pour dire beau. Ce qui, avec quelques efforts, peut donner des choses plus elaborees du type « shum mire ».  Et puis nous nous habituons progressivement, au fait de dire « Po » en secouant la tete de gauche a droite pour dire « oui », et de dire « yo » accompagner d’un mouvement de tete, cette fois de haut en bas pour dire « non ».  C’est tres perturbant. Cependant, avec ces quelques mots fondamentaux, des grands gestes et surtout beaucoup de patience, on parvient a se raconter nos vies, plusieurs heures durant.

Evidemment, nous acceptons de rester dormir. Et nous avons partager avec eux leur quotidien. La traite des trois vaches, puis la fabrication du fromage. J’ai passe ensuite quelques heures avec les deux femmes dans la salle d’eau, sorte de deuxieme salle principale de la maison, lieu de nombreuses activites : environ 4 metres carres, au milieu desquels un toilette turc sert d’evacuation. Un tuyaux deverse  en permanence l’eau glacee de la source sur le sol betonne. La, on se douche, lave le linge dans des grosses bassines, fait la vaisselle avec l’eau chauffee par le poele, vide les poissons peches le matin dans la riviere d’en bas. Ici, assises sur des petits bancs en bois, les pieds dans l’eau, on discute, on se comprend peu, mais la vieille m’embrasse et me sourit.

Sur le coin du feu mijottent depuis le debut de l’apres-midi quelques morceaux de viande. Le soir, on installe la table, on nous place autour, puis la grand-mere vient la recouvrir de plats. Leur fromag, la viande de leur agneau,  et quelques legumes du jardin. Puis tous nous invitent a manger, et on ne se fait pas prier. C’est delicieux. Jusqu’au moment ou on s’etonne de remarquer que nous sommes seuls a manger les bonnes choses. Les deux femmes ne mangent pas du tout, et le grand pere un bol de flagolets. On leur propose, un peu ebetes, mais ils refusent. Ils nous offraient leur meilleure nourriture, ce qui etait symboliquement tres fort et je ne saurais dire si j’etais touchee ou genee. Probablement les deux.

Le lendemain, toujours malade, j’ai prefere me separer de Pierre et Sylvain pour qu’ils puissent avancer, car je savais que je ne ferais pas beaucoup de Kilometres. Alors on dit au revoir a la famille, prend quelques photos et l’adresse postale pour les leur envoyer plus tard. Puis chacun prend sa route, Pierre et Sylvain d’abord, Andrea et moi ensuite.

Il pleut encore, j’ai de la fievre, une espece de syndrome grippal, pas de force, les cuisses qui tremblent, et tousse de plus en plus. Nous passons Burrel, et nous rappelons que, 15km plus loin, a Suc, Don Franco nous avait indique un lieu ou l’on pouvait dormir, en dessous du couvent. L’occasion de passer une nuit a l’abri est a saisir et dans cette sorte de dortoire, j’ai dormi 18h de suite, laisse monter la fievre et transpirer, accepter que ca ne servait a rien de continuer.

Le 16, je vais mieux et me leve avec entrain. Mais ce fichu temps nous poursuit. Il fait encore gris, il pleut, plus qu’hier encore. Nous passons le col avec un vent de face a decorner les boeufs, luttant pour garder l’equilibre. Meme en descente il nous faut pedaler. Je crois, en toute honnetete, n’avoir jamais autant jure que ce jour la. Cependant, bien qu’en deux fois plus de temps qu’il nous aurait fallu dans des conditions agreables, nous finissons tout de meme par atteindre Bulqize. Sans trop que l’on sache pourquoi, peut-etre parce que nous n’en pouvions plus, ou peut etre parce qu’un enfant nous a demande de l’argent de maniere un peu insistante et agressive, peut-etre parce que les murs paraissaient tous prets a s’ecrouler, peut-etre parce que pour rejoindre le centre ville il nous fallait prendre une sorte de route-flaque, 10cm d’eau boueuse sur 500m, sans voir sur quoi on roulait, bref, sans que l’on sache vraiment pourquoi, cette ville ne nous inspirait pas confiance, et, malgre notre fatigue, le vent et la pluie, nous avons poursuivi sans y faire de halte. Nous avons continuer sur 20km, traversant une vallee magnifique jusqu’a atteindre Shupenze.

Epuises, nous sommes epuises. Dans le village tout le monde s’attroupe autour de nous. On ne comprend pas ce qu’ils disent, jusqu’a ce que l’un d’eux nous demande en italien ce que l’on cherche. On ne savait pas, on ne sait meme pas pourquoi on s’est arretes ici, au milieu de tous ces gens. Alors ils nous demande si on cherche un endroit pour dormir, on lui dit qu’on a une tente, « ahh, une tente, Ska problem, tu la plantes la », il nous indique 20m2 de pelouse a cote du bar central, en plein milieu du bourg. Le proprietaire du bar affirme d’un hochement de tete (de haut en bas evidemment) et nous invite a boire un verre. On se frait un chemin au milieu, et s’assoit en terrasse. Ce fut alors un veritable defile : d’abord les enfants viennent toucher les velos. Puis un jeune, etudiant de Tirane, nous aborde par un « But what are you fucking doing in albania » avant de rester quatre heures avec nous, nous racontant ce qu’est la jeunesse citadine albanaise. Puis le barman arrive avec une grande assiette de pates : « Une personne a l’interieur vous offre ca ».  Bref, nous avons passe une super soiree et apris sur l’Albanie.

MACEDOINE

Le 17, apres qu’on nous ait offert un petit-dejeuner tres copieux, nous avons pris la route pour la macedoine, direction Debar. Dans les montees, j’ai le souffle court. Pas encore tout a fait guerie. Et cette pluie, encore cette pluie. Envie de jurer. Et, comme pour me rendre folle, et sans que je ne m’y atttende, une forte grele se met a cingler mes cuisses. Alors, comme une mule a qui l’on frappe le flanc, bien que lourdement attelee et deja a bout de souffle, j’accelerai, esperant trouver rapidement un abri. Mais, rien. Nous trouvons le premier bar-epicerie 10km plus loin,mais il ne grelait plus depuis longtemps.

Grrrrrrr, saturation psychologique, moral dans les chaussettes, grrrrr, encore cette envie de jurer.

Avec fureur, on pousse jusqu’a Struga. Abrutis par ces maudits 80km, on se trouve une chambre pour 5euros, avec cuisine et salle de bain.  Un petit confort pour un grand reconfort. Mais de mon cote, je suis toujours incommodee, et apres cette grosse etape sous le deluge, les quintes de toux ont repris de plus belle. J’ai l’impression que tant que je n’accepterai pas de me reposer franchement ca ne s’arretera pas. Alors on reste deux nuits a Struga. Marre de lutter contre les elements. On profite de cette petite ville,  du lac immense, fait quelques rencontres insolites, se goinfre de Baklava et de loukum. Le 20 au matin, on reprend les velos direction Ohrid. Mais je suis encore mal en point. Alors on y fait une grande pause, y rencontre une espece de philosophe-globe-trotteur qui nous fait faire une visite de la ville, les rempars, le lac, la vue sur l’albanie. C’est tres joli. Le bruit d’une explosion retentit, et il nous explique que sur la rive d’en face, les albanais exploitent les minerais malgre que le site soit protege. En fait, en dehors des frontieres albanaises, on entend seulement des choses negatives sur ce qui se passerait dedans, qu’ils sont violents, dangereux. Moi, je suis plutot nostalgique de ce pays et de sa chaleur humaine. Mais je ne dis rien, c’est pas le moment, et puis je ne dois pas connaitre assez leur histoire pour comprendre.

Occupe toi plutot de tes oignons, d’ailleurs c’est decide, demain nous prendrons le bus pour rejoindre Pierre et Sylvain a Thessalonik. J’accepte d’etre momentanement dans l’incapacite d’avancer.

Entre Ohrid et Bitola, nous trouvons un chauffeur de bus qui accepte, moyennant quelques euros, de prendre nos velos. Derriere les vitres sales,  on devine le paysage. Le bruit du moteur, celui de la radio qui tantot gresille tantot laisse entendre une musique de mauvais gout. L’envie de vomir dans les virages. Je realise a nouveau a quel point le voyage a velo est inegalable, a quel point je l’apprecie.

A bitola, on demande un bus pour Thessalonik « No bus ». Et bien alors pour la Grece ? « No bus », D’accord. Alors peut-etre un train ?  On nous repond en montant le ton « NO CONNECTION ». Il semblerait que la Grece et la Macedoine ne soient pas en bon terme. L’une veut rentrer dans l’Europe, l’autre refuse et fait blocage parce qu’elle estime que cette premiere n’est finalement qu’une partie d’elle-meme. Alors cette premiere s’offusque, argumente que sa langue est slave et n’a rien a voir, l’autre repond qu’historiquement ce qu’on appelle Macedoine est une region qui va de Debar a Thessalonique, et qu’il n’y a aucune raison qu’elle soit maintenant divisee par une frontiere. Et encore moins qu’on appelle La macedoine, macedoine, alors meme qu’elle serait Greque. La Grece d’ailleurs exige que la macedoine change de nom pour rentrer dans l’UE. Pourtant, j’ai rarement trouve qu’un nom convenait si bien a un pays. La macedoine est un grand melange de populations. On ne sait pas trop en quelle langue s’adresser aux gens, puisqu’il y a tant d’albanais, de serbes et de grecs que je ne sais pas trop a quoi ressemble la langue macedonienne. Cela dit, « salade russe » irait aussi, et les grecs seraient contents.

Quoi qu’il en soit des relations politiques, nous etions la, et il nous fallait passer la frontiere, nous rendre a Florina, esperant y trouver un train, comme l’indiquait la carte. Alors on remonte sur les velos, 40km magiques, de plaines verdoyantes, d’immensite, de montagnes mousses, de jeux de lumiere, de faiseaux filtres entre les nuages, donnant naissance, lors de leurs passages a travers la pluie presque brume, a des arc-en-ciel multiples. Des tableaux qui frolerent le surrealisme. L’effort me fait suffoquer mais je ne regrette pas.

LA GRECE

Nous arrivons finalement a Florina, il est 18h30 a l’heure grecque. (Ca y est, nous avons depasse le premier fuseau horaire) On demande la station de train, la trouve, ne comprend rien aux panneaux d’affichage, la gare est vide, on sort notre dictionnaire et l’alphabet grec, on dechiffre, mais n’en saisit pas pour autant le sens. Quelques rues plus loin on se renseigne et comprend qu’il devait etre ecrit « les trains ne circulent plus depuis longtemps ». Tanpis, on prend le bus de 19h, negocions pour mettre les velos en soute. Arrivee thessalonique a 23h. On se rend au point de RDV mais nous avons un jour d’avance. Il n’y a donc personne, le portable de Sylvain est eteint. La journee a ete eprouvante, et il est tard pour chercher un endroit pour dormir, alors on s’installe dans un petit parc au bord de la mer, on dort a la belle etoile, sur les sacoches, pour etre surs qu’elles y restent.

Le lendemain, Pierre et Sylvain nous retrouvent. Et nous sommes, tous les quatre, heberges chez Stavros, le mari d’une amie de la maman d’Elie (Merci pour le contact), qui nous a tres genereusement laisse les cles de son appartement pendant que lui sejourne en France. Fini la pluie, Fini l’itinerance, une maison pour 5jours, je me repose, me soigne, je veux repartir d’ici en forme. La ville est chouette, pleine de lieux interessants, de maisons occupees grouillant d’activites, de musiciens, jongleurs, de concerts improvises dans les parcs, et de Feta a toutes les sauces. Nous avons aussi retrouves les grenoblois, auparavant rencontres a Split, nouvelle et belle coincidence. Ensemble, on a ete au consulat voir les resultats du premier tour et surtout devaliser le buffet : vin rouge et fromage de chez nous nous ont presque emus.

Aujourd’hui tout ce petit monde est reparti, mais etant arrives un peu plus tard, Andrea et moi preferons rester un jour de plus. Et puis Elie arrive demain matin, on pourra donc lui remettre en main propre les cles. Puis nous reprendrons les velos, derniere ligne droite avant Istanbul, ou je retrouverai ma soeur et son amoureux, qui voyagent eux aussi, mais avec un gros camion-maison. Ca va etre chouette.

Les yeux me piquent d’avoir ete si longtemps devant cet ecran, je crois que j’en ai ecris un peu trop. tant pis, je me sauve, je vais prendre le soleil et retrouver des autochtones rencontres hier pour une visite des lieux de vie de la ville.

N’hesitez pas a envoyer des mails, meme courts, pour donner un peu de vos nouvelles. ca fait toujours plaisir.

des bisous

Traversee du montenegro et decouverte de l’Albanie

Par défaut

 

Depart un peu précipite donc de Sarajevo.

Prenant la même route au moins au début, Pierre Sylvain Andrea et moi-meme sommes partis ensemble, malgré les previsions meteo : pluie, puis neige le lendemain. Tant pis, nous voila partis, direction Montenegro.

Partis un peu tard, et trempes, nous nous sommes arrêtes après une quarantaine de km, au hasard, vers Trnovo.  Nous lorgnons un bar autour duquel nous aimerions mettre nos tentes, pour pouvoir nous réfugier s’il venait a trop pleuvoir. Le type qui tient un bar est super accueillant, comme d’habitude depuis notre arrivée en bosnie, il nous repete « no problem no problem », nous invite a mettre nos tentes dans son jardin, nous met une petite lampe de cour.

Alors on mange a l’interieur, on discute tant bien que mal avec lui. Il a l’air content. On comprend que son fils habite lyon. Alors, il me donne son numero, et j’irai a sa recontre a mon retour, peut etre pour lui donner la photo de son papa avec des cyclotouristes. Le matin, il nous offre la Rakja, alcool maison, pour bien se mettre en jambe.

Il pleut, que dis-je, il se met a neiger. Nous passons un col a 1200m sous la neige tombant a gros flocons. On s’arrete pour manger dans un bar ou l’on se repose au moins 2h30. En effet, a l’aide de nos outils, Pierre et Andrea ont repare la petite guitare que ce dernier avait achete a un voisin de Nico (le couchsurfeur de Sarajevo), et les soirs, comme les midi, sont devenus plutot musicaux, guitare, harmonica et chant, du blues a l’experimental parfois douteux. C’est chouette. Et puis la guitare a plusieurs fois aussi ete source de contact, les gens sont curieux. Objet donc de divertissement et de rencontre. Dans ce bar donc, on a attendu que cesse la pluie en jouant, en vain, car nous sommes repartis sous le meme deluge.

La route jusqu’a la frontière a ete magnifique. Une nationale, dans un etat plutot piteux, sur laquelle il fallait plus pretter attention aux vaches et aux brebis qu’aux voitures. Nous avons passe la frontiere entre Bosnie et Macedoine a Hum, ou nous avons d’ailleurs dormi. Encore une fois pres d’un bar, d’abord du fait de la menace climatique toujours presente, et ensuite parce que ce n’est pas si desagreable de passer la soiree au chaud autour d’une petite biere bien meritee. Alors a nouveau ce fut l’eternel « no problem no problem » suivi de « Rakja? Da » et nous avons dormi sur une terrasse abritee, veilles par Lika, la chienne du patron, et reveilles par ses calins. Le grand luxe.

Le lendemain, nous sommes alles a pluzine, en passant par la gorge d’une magnifique riviere. La chienne nous a suivi sur 10km. Chemin acroche aux falaises, passant d’un bord a l’autre du precipice par des ponts vertigineux. Des pins parasols enracines on ne sait trop comment sur les flancs rocheux. 30km, personne, des successions de tunnels, dedans, le noir total, on avance a taton (penser a changer les piles de ma lampe) en chantant, pour apprécier la résonance. Le tout sous un ciel lourd et neigeux. Magnifique. On a froid, mais on continue, on monte encore, nouveau col a 1280m, il neige encore, la chaussée est recouverte.

Le soir, comme de coutume depuis quelques jours, on s’arrete pres d’un bar a Jasenovo Polje. La dame est d’une gentillesse incroyable, on se comprend peu. « No problem no problem » « Rekja ? da » les tentes derrieres le bar. Elle me fait chauffer un peu d’eau pour que je puisse me laver (notez bien que je fus la seule) Encore ces chiens sauvages qui viennent toute la nuit autour des tentes.

Le lendemain nous sommes arrives a Podgorica, capitale du Montenegro,  encore une journee sous la pluie. On se paye un hotel qu’on negocie, cinq euros chacun. Une bonne douche chaude, c’est chouette par ce temps. On ne s’est pas trop eternise. Rien de tres interessant peut-etre. Ou alors c’est nous qui ne sommes peut-etre pas tres interesses par les grandes villes.

Hier nous avons passe la frontiere Albanaise pres du lac de Skadar, reserve naturelle, assez gigantesque, sans doute tres belle, mais la pluie, plus que jamais presente, ne nous laissse pas profiter du paysage.

Le changement est un peu brutal. Le montenegro est un pays de l’union europeenne, plutot riche et assez semblable, en ce qui concerne la population, aux autres pays de l’UE. L’Albanie est une tout autre chose. Le macadam est optionnel, meme sur la nationale. Alors on fait du tout-terrain sur une piste de cailloux, slalom entre les flaques. Le premier village apres la frontiere, Vukpalaj je crois (pas de panneau a l’entree des villes et village, alors comment savoir) a ete une tres bonne entree en matiere, le pradoxe albanais : une sorte de chaos, le village parrait desertique, des maisons neuves en travaux, a cote de ruines, de carcasse de stations essence. Et dans ce triste decor, tout le monde nous salue avec vigueur, les enfants sortent leurs bustes par les fenetres de la camionnette qui sert de bus scolaire pour nous dire « Hello » ou « ciao » (l’influence italienne est grande, du fait de l’histoire, et du fait qu’actuellement beaucoup d’albanais migrent en italie). Conducteurs effrenes, au volant de vieille mercedes des annees 80 peut-etre, des gamins ages de 12 ou 14 ans au plus nous font des grands signes. Ils roulent a gauche puis a droite, selon si la route est plutot defonsee a droite ou a gauche. L’avantage pour nous c’est qu’il leur est de toute facon impossible d’aller trop vite.

Nous sommes arrives le soir a Shkoder, pour parfaire notre choc culturel. Pas d’indication tout au long de la route, ou commence la ville ? Comment marche le pays ? Sur le bord des routes, tous les 500m une station pour laver les voitures (pas compris), tous les 200m un bar restaurant, vide, tous kilometre, un debut de construction, un projet ambitieux d’une maison ou d’un hotel, plusieurs etages, des grands balcons, mais pas de fenetre, pas fini, et pas de betonneuse autour, tout semble indiquer que le batis restera ainsi. Sur les routes, les 4×4 depassent des charettes tirees par des chevaux a bout de souffle. Au centre ville, on zig zag entre les voitures qui bouchonnent et klaxonnent, pas de code de la route, les ronds point se prennent dans le sens ou tu l’entends, beaucoup de velos, de mobylettes, de tricycles fait maison, des mobylettes transformees en tricyclettes, les trottoirs ne sont ni plus ni moins que des bandes de terre, devenues boue.

Oui mais la ville vit, et je ne sais pas pourquoi je me sens bien ici. Tout le monde nous parle. Des gamins a velo nous ont abordes puis suivis, notre histoire les fait rire. Les gens viennent a nous, il suffit de se poser sur une place.

Le soir, ne sachant pas trop ou dormir, on s’est encore paye un hotel, 4euros, au sec.

La, je vous ecris de Lezhe, ou on se tranquilise un peu, apres midi lente, parce que depuis 6jours on avance bien. Alors un peu de repos c’est chouette aussi.

A bientot, Ciao la compagnie